Parallèle édifiant

2 juin 2007

Arrêt sur images, la seule émission critique de la télévision à la télévision, est arrêtée sans explication à la rentrée. On peut signer la pétition en ligne et en savoir plus sur l’excellent Big Bang Blog de Schneidermann, Abiker and co.

Guillaume Sarkozy, frère du Guide, entre au conseil de surveillance du Monde.

Ami lecteur, dessine tes propres conclusions.


Le Nouveau réalisme

2 juin 2007

En nocturne hier soir, l’exposition du Grand palais sur le Nouveau réalisme. Des artistes qui au tournant des années 60 rompent (de manière intelligente, joueuse, décidée) avec l’abstraction car ils ont “pris conscience de leur singularité collective” comme l’annonce le manifeste signé par Klein, Arman, Dufrêne, Tinguely… Et coordonné par le critique d’art Restany.

J’adore la plupart de ces artistes (sauf Spoerri), l’expo est très bien faite, les salles clairement organisées et vivantes, les oeuvres riches. On retient le bouillonnement cérébral mais festif de ce début des années 60 lorsque Klein conviait les bourgeois aux séances d’anthropométries en bleu, utilisant de merveilleuses jeunes femmes comme pinceaux:


les destructions de Tinguely; les allers-retours avec New York et Rauschenberg ou Jasper Johns; le Dylaby surtout, expo en Suède conçue comme un improbable labyrinthe dynamique:

J’en retiens le contraste entre essor confiant du début, et mélancolie du groupe se disloquant dans l’amertume (envers Restany surtout accusé de s’être approprié leur art), et, bizarrement, l’extraordinaire naïveté optimiste qui se dégage de l’ensemble, même des oeuvres les plus distanciées, réfléchies, destructrices ou joueuses. On est loin ici (avec Christo par exemple) de l’ironie post-moderne, à mon avis.

Le plus marquant, le plus profond, est le Patriarche (Daddy) de Niki de Saint-Phalle, sculpture monstrueuse achevée à coup de carabine, catharsis filmée bouleversante. Pour en savoir plus un bon dossier et une riche galerie, le musée Tinguely, et un site pas mal sur l’art du XXe.


Un problème de circulation

2 juin 2007

La piscine Drigny est encore fermée, jusqu’au 30 juin. Du coup je suis obligé de prendre le métro pour aller à Pailleron (d’autant que Château Landon est fermée également), ou de me rendre dans l’antre du diable, au troisième sous-sol de la redoutable piscine Valeyre.

Et là, cauchemar.

Une piscine qui ne respecte pas ses horaires officiels d’ouverture et de fermeture, en raison de la flemme maximale des employés.

Une piscine bondée pour laquelle il faut faire 20 mn de queue.

Une piscine remplie d’individus sachant (tant bien que mal) nager, mais absolument pas se placer dans les lignes d’eau. C’est l’occasion pour moi de faire le point sur un grave problème de circulation, source infinie d’énervements, de coups de pied et de coudes, d’altercations et de frustrations en tout genre.

La circulation dans une piscine peut être comparée sans problème à celle de la route. Les règles en sont (ou en devraient être) très proches: on nage à droite, on ne s’arrête pas en plein milieu, quand on va lentement (véhicule ou nageur pondéreux) on serre à droite, on reste maître de son déplacement, on ne double pas sans visibilité, etc.

MAIS.

Car il y a un mais.

Une bonne partie des usagers de la piscine n’ont pas compris ce parallèle élémentaire et persistent à utiliser l’extrémité des lignes d’eau comme le dernier café où l’on cause, en plein milieu. Léger problème, puisque pour le nageur qui arrive et s’attend à trouver la voir libre pour son virage:
L’arrivée sur le mur se transforme alors, du fait de ces véhicules mal stationnés, en vision de cauchemar:


Ce qui n’est pas sans poser problème en particulier lorsqu’on effectue un virage-bascule (qu’il m’a fallu des années pour maîtriser, et que je rechigne donc à abandonner) :

Evidemment, avec trois ou quatre nageurs/euses stationnés en bout de ligne au milieu dans l’inconscience et l’indifférence la plus absolue envers ceux qui, contrairement à eux, continuent à nager, cela peut se terminer par des estomacs enfoncés, des dents éclatées, des litiges civils et pénaux, que sais-je. Mais leur viendrait-il à l’idée de stationner ainsi en plein milieu d’une autoroute?
Pour un article du même tonneau mais plus calme et mieux illustré voir ici.

La semaine prochaine je vous apprendrai à nager le papillon et vous parlerai d’Aurélien à la piscine.


Quelques termes à la con

2 juin 2007
J.F. Copé, membre honoraire du club des appauvrisseurs forcenés de la langue politique

La politique, c’est d’abord un langage, qui permet d’articuler des valeurs avec des réalités.

L’appauvrissement de la langue politique est tangible, ces temps derniers, d’abord avec les deux candidats du second tour (Royal et son discours 1/3 technocrate, 1/3 IUFM, 1/3 bisounours, Sarkozy et ses effarants appels au sens commun le plus médiocre), surtout avec la prégnance de quelques termes à la con, qui bourdonnent à mes oreilles malgré une soirée électorale plus agréable que prévu :

“logiciel”
On lit beaucoup, y compris sous la plume du nouveau dirlo du Monde, que la gauche doit “refonder son logiciel”. Je ne sais plus qui est à l’origine de cette technicisation grotesque de l’analyse politique, mais comparer un programme politique ou une vision du monde à quelques lignes de code informatique est nouvelle et intolérable dévalorisation de la vie politique entendue comme la recherche du bien commun et de l’intérêt général.

“tsunami”
Les éditorialistes les plus médiocres, ceux du PPA en particulier, ont usé et abusé de la métaphore de la “vague bleue”, leur cerveau étroit et leur vocabulaire limité assignant par une sorte d’effet de seuil involontairement comique s’il n’était obscène, le terme de “tsunami” à une ample victoire de l’UMP. D’abord, ils sont déçus, voire énervés, car il n’a pas eu lieu. Ensuite, un petit rappel: le mot japonais “tsunami” désigne les raz-de-marée produits par les séismes sous-marins. Le phénomène est devenu connu à travers sa dramatique occurence dans l’océan indien à l’hiver 2004. Trois cent mille victimes ne sont plus là pour rappeler aux éditorialistes médiocres l’inadéquation obscène de leur langage.

“les Français ont choisi”
On entend, surtout dans le camp des vainqueurs, des assertions définitives sur le “vote des Français”, qui ont “choisi la réforme”, ou “voulu la rupture”; et inversement chez les vaincus on prétend que “les Français” ont “envoyé un avertissement” ou “exprimé leur méfiance”. Mais bien sûr, comme toutes les entités collectives, les Français n’existent pas, comme le savent les socio-historiens. Un peu de modestie, de rigueur, de nominalisme, d’équilibre de la pensée et du langage amènerait à dire et écrire que des Français ont voté, de manière très partagée à chaque fois, et avec des motivations fort diverses et souvent peu construites. Hélas, ce type d’interprétations abusives constitue un métier à part entière qui fait prospérer des individus aussi peu ragoûtants que Roland Cayrol ou Brice Teinturier. Lutter contre elles est une nécessité de chaque instant.

Inversement, je regarde avec passion les soirées électorales pour y trouver quelques pépites de langue bien coupantes et bien pensées: le brin d’humanisme béarnais et souriant de Babar, l’habileté d’un Fabius piégeant Borloo comme un écolier, la fierté d’être à gauche de Besancenot, la mauvaise humeur pertinente de Mélenchon, la forte voix de Jean-Marie Le Guen.


Un secret (Philippe Grimbert)

2 juin 2007

On hésite à parler de ce très court roman, d’une écriture blanche et resserrée, tant sa trame autobiographique est intense. Le secret est celui de l’auteur, enfant fragile qui se rêvait un frère, avant de comprendre d’où lui venaient et le rêve, et la fragilité: des années sombres d’avant sa naissance, d’avant la transformation de son nom, lorsque les Grinberg, fuyant sous l’Occupation, ne formaient pas tout à fait la même famille.

Des phrases courtes et pudiques, six ou sept personnages à peine esquissés, réduits à un trait – la beauté indicible de Tania, la force de Maxime, la volubilité d’Esther, la fragilité d’Hannah, la fatigue de Louise, quelques images insoutenables, et la volonté de créer dans ces pages justes un tombeau pour les absents et pour les victimes. On lira ailleurs une histoire presque identique, traitée comme une enquête. On est ici dans l’intime.

Dans ces pages marquées par la mort, la culpabilité, le refoulement du souvenir, l’écriture et le récit ouvrent des brèches où percent quelques lumières. La puissance de la vérité, même tardive, même décalée, s’y fait jour, comme la puissance du désir, mêlé pour toujours de douleur:

“Il ne cherche pas à se cacher de Tania, lorsqu’elle se hisse sur la berge il lui offre sa douleur, les yeux nus. Face à lui elle reste immobile, ruisselante. Elle tend sa main mouillée, il s’en saisit et y enfouit son visage. Elle s’approche de lui, il entoure sa taille de ses bras et appuie sa joue sur l’étoffe du maillot. Il touche enfin le corps de Tania. Après s’être allongé tant de fois en rêve dans sa chaleur c’est la peau glacée de la nageuse qui s’offre à lui. L’eau de la Creuse se mêle à ses larmes. Ils restent ainsi un long moment puis se détachent, toujours sans un mot.”


Utter crap

2 juin 2007

Hélas je suis allé voir le dernier Tarantino (j’avais réussi à échapper aux Kill Bill). Je crois que je ne me suis pas autant ennuyé au cinéma depuis… peut-être depuis Closer, ce navet informe.

Non qu’il n’y ait dans Boulevard de la mort de belles nénettes, de grosses bagnoles et des fringues stylées. Non que Kurt Russell ne soit crédible en cascadeur psychopathe. Mais la vacuité totale de l’ensemble a quelque chose de sidérant, on passe son temps, devant les scènes d’ultraviolence ou les conversations insignifiantes étirées à se demander “mais j’ai lâché 10 euros pour voir ça?”. Il existe un bon article sur la vacuité tarantinienne, mais il est hélas payant, sauf si la page cachée fonctionne.

Bref, avec ce genre d’hommage la série B n’a pas besoin de détracteurs. Et quitte à en voir un, autant préférer l’original à la copie et regarder un vieux Russ Meyer.


What kind of lives are these?

2 juin 2007

Happy birthday, APL! Here comes another turning point–every new decade is supposed to mean something, nobody has yet found what, though– and to help you deal with it, here’s some guidance from two specialists:


La Meglio Gioventù

2 juin 2007

Et puisque l’on parle de l’Italie, un petit extrait du magnifique film de Marco Tullio Giordana, conçu pour la Rai. Ici, l’un des deux frères Carati, Nicola, à la personnalité ouverte et solaire, reçoit son 30/30 lors des examens de fin de première année de médecine, de la part d’un professeur qui lui applique son “coefficient de sympathie”, du grec sumpazein, “c’est-à-dire partager le pathos, une bonne qualité pour un médecin”.

Il l’invite ensuite à quitter l’Italie, ce pays-musée, beau mais inutile, à détruire, où ne se perpétuent que des dinosaures – comme lui-même. On est en 1967, et le film promènera sa caméra douce, amère, profonde sur la suite de l’histoire italienne, entre antipsychiatrie, déchirements familiaux, sincérité des personnages.


E sempre un piacere

2 juin 2007

Oui, c’est toujours un plaisir d’écouter Carlo Ginzburg, ici sur France Q avec Antoine Garapon pour deviser du “juge” et de “l’historien”.

Carlo Ginzburg est l’immense et atypique historien italien qui développa le versant culturel de la micro-histoire. Il est l’auteur de textes foudroyants dont des entretiens donnent un ou deux aperçus, et qui ont beaucoup compté dans ma formation d’historien.
Profitons-en tant que c’est en ligne.


Black Cherry Blues (James Lee Burke)

2 juin 2007

Un nouveau polar, prêté sans limitation de durée par jtrt mon co-blogger. Et le Montana forme de nouveau une partie du paysage, à tel point que je me suis demandé si Burke, comme Crumley, était de la fameuse “école de Missoula“. Mais en fait, non. Les choses sont plus complexes: tout commence à Bâton Rouge, et le héros, Dave Robicheaux, est un ex-flic cajun.

Il a des comptes à régler avec la vie: son père fut déchiqueté dans l’explosion d’une plate-forme pétrolière mal entretenue dans le Golfe du Mexique; sa femme prise pour cible à sa place dans un réglement de comptes sordide. Il pense avoir mis de côté les ennuis en recueillant une petite fille, Alafair (la fille de Burke s’appelle également Alafair et père et fille sont interviewés ici), et en vivant une petite vie tranquille près du bayou – vendre des appâts, faire des cauchemars, nourrir le coon.

Arrive un ex-ami qui l’entraîne sans le vouloir dans un univers de convoitise, de violence mafieuse et de menaces qui l’entraînera dans l’Etat du Big Sky sur la piste de tueurs d’Indiens. Sans plaque de flic, devant protéger sa petite fille et surtout sa résolution à ne plus boire et rester “un type bien”, la tâche sera ardue.

J’ai trouvé l’ensemble un peu long, et les dialogues du sud doivent beaucoup perdre en traduction, mais le livre gagne en force au fil des pages de manière subtile, à mesure que l’on comprend mieux l’apparente impuisance du personnage, ses conflits internes, loin de se résumer à ses visions nocturnes – pourtant fort belles:

“Il existe dans mes rêves un lieu aquatique habité par mon épouse et quelques-uns de mes amis. Je crois qu’il doit se situer sous le Mekong ou peut-être dans les profondeurs du Golfe. Les personnes qui vivent là ont le corps ondulant des lianes sous les courants des marées, et elles baignent dans une lumière de vert et d’or. Je ne peux pas leur rendre visite où elles se trouvent, mais il m’arrive de temps à autre de les appeler.”