Persepolis (Satrapi/Paronnaud)

2 juin 2007

Persepolis est l’adaptation bouleversante de la BD du même nom. D’autant plus bouleversante pour moi que l’histoire fait écho à celle de très proches amis iraniens. On reconnaît dans ce film l’élégance infinie des Perses, confrontés à la brutalité de l’histoire et de la religion. On y voit la force que donne l’amour familial, appuyé sur des valeurs droites. Malgré son trait léger, c’est un film sombre et fort, noir, si noir, empli de souffrances et de morts, et dont on sort marqué. Heureux, aussi, de vivre dans un pays libre, quoique cerné et gangrené par ce même fanatisme obtus qui est l’apange de notre époque et qu’à l’occasion défend Jacques Vergès (voir ici même). L’humour et l’autodérision de Marjane Satrapi, son sens du détail (les fleurs de jasmin et les cygnes blancs…) sont le contrepoint lumineux de cette réalité étouffante.


À la pointe des sciences sociales

2 juin 2007

Après une enquête sociologique serrée qui m’a vu interroger moi-même, la blogosphère, mon chat, mon buraliste, et la shampooineuse de Pascal Perrineau, je suis en mesure de vous livrer la composition définitive de l’électorat sarkozyste. Comme les droites selon René Rémond (rappel: orléaniste, légitimiste, bonapartiste), il est triple.

Il existe en effet trois catégories de sarkozysmes que je peux dévoiler en exclusivité.

1) Le sarkozysme des maisons de retraite

Prototype: le public des meetings UMP à Lyon (ci-dessus, celui du malheureux Christian Philip, 4e circonscription)
Motivations: que la France d’après ressemble plus à celle d’avant, que les voyous soient enfin punis de peines planchers voire fichés par l’ADN, les immigrés enfin ramenés chez eux par la force, que les fraudeurs dont parlent Julien Courbet et Jean-Pierre Pernaut soient enfin démasqués, que les feignants travaillent enfin (pour payer les retraites, justement), qu’on soit enfin rassurés, que le rôle positif de la colonisation (voire de l’OAS) ne soit pas oublié et qu’on en finisse enfin avec la repentance, et puis surtout qu’une femme ne soit pas élue à la présidence.

2) Le sarkozysme des écoles de commerce

Prototypes: Loïc le Meur, Arnaud Lagardère
Motivations: gagner plus, payer moins d’impôts, faire travailler plus les salariés, payer moins d’impôts, changer ses enfants d’école en supprimant la carte scolaire, payer moins d’impôts, faire payer le trou de la sécu aux pauvres par les franchises médicales, payer moins d’impôts, faire plus de sport à l’école et en finir avec les lectures inutiles, payer moins d’impôts, afficher sans complexe le fric mal acquis, payer moins d’impôts.

3) Le sarkozysme des pigeons


Prototype: Fadela Amara
Motivations: croire les discours écrits par Henri Guaino citant Jaurès et Blum, croire à l’OPA sarkozyste sur les valeurs du communisme défunt (travail, effort, nation, mérite, rupture), croire au saupoudrage cynique de diversité ethnique, croire aux discours sur la “fracture sociale” (ah non, ça c’était il ya 12 ans), croire qu’un ami des plus riches patrons est “proche des gens”.

Il existe évidemment des variantes et des combinaisons, la sociologie électorale est une science fort complexe. Par exemple au croisement des deux premières catégories on trouve Jean-Philippe Smet aka Johnny, au croisement des deux dernières on trouve Rama Yade, et au croisement de la première et de la dernière, Simone Veil.

Une baisse de TVA et une défiscalisation des intérêts d’emprunt au premier qui arrive à trouver les traditions politiques de la droite selon Rémond auxquelles ces catégories correspondent.


Parallèle édifiant

2 juin 2007

Arrêt sur images, la seule émission critique de la télévision à la télévision, est arrêtée sans explication à la rentrée. On peut signer la pétition en ligne et en savoir plus sur l’excellent Big Bang Blog de Schneidermann, Abiker and co.

Guillaume Sarkozy, frère du Guide, entre au conseil de surveillance du Monde.

Ami lecteur, dessine tes propres conclusions.


Quelques termes à la con

2 juin 2007
J.F. Copé, membre honoraire du club des appauvrisseurs forcenés de la langue politique

La politique, c’est d’abord un langage, qui permet d’articuler des valeurs avec des réalités.

L’appauvrissement de la langue politique est tangible, ces temps derniers, d’abord avec les deux candidats du second tour (Royal et son discours 1/3 technocrate, 1/3 IUFM, 1/3 bisounours, Sarkozy et ses effarants appels au sens commun le plus médiocre), surtout avec la prégnance de quelques termes à la con, qui bourdonnent à mes oreilles malgré une soirée électorale plus agréable que prévu :

“logiciel”
On lit beaucoup, y compris sous la plume du nouveau dirlo du Monde, que la gauche doit “refonder son logiciel”. Je ne sais plus qui est à l’origine de cette technicisation grotesque de l’analyse politique, mais comparer un programme politique ou une vision du monde à quelques lignes de code informatique est nouvelle et intolérable dévalorisation de la vie politique entendue comme la recherche du bien commun et de l’intérêt général.

“tsunami”
Les éditorialistes les plus médiocres, ceux du PPA en particulier, ont usé et abusé de la métaphore de la “vague bleue”, leur cerveau étroit et leur vocabulaire limité assignant par une sorte d’effet de seuil involontairement comique s’il n’était obscène, le terme de “tsunami” à une ample victoire de l’UMP. D’abord, ils sont déçus, voire énervés, car il n’a pas eu lieu. Ensuite, un petit rappel: le mot japonais “tsunami” désigne les raz-de-marée produits par les séismes sous-marins. Le phénomène est devenu connu à travers sa dramatique occurence dans l’océan indien à l’hiver 2004. Trois cent mille victimes ne sont plus là pour rappeler aux éditorialistes médiocres l’inadéquation obscène de leur langage.

“les Français ont choisi”
On entend, surtout dans le camp des vainqueurs, des assertions définitives sur le “vote des Français”, qui ont “choisi la réforme”, ou “voulu la rupture”; et inversement chez les vaincus on prétend que “les Français” ont “envoyé un avertissement” ou “exprimé leur méfiance”. Mais bien sûr, comme toutes les entités collectives, les Français n’existent pas, comme le savent les socio-historiens. Un peu de modestie, de rigueur, de nominalisme, d’équilibre de la pensée et du langage amènerait à dire et écrire que des Français ont voté, de manière très partagée à chaque fois, et avec des motivations fort diverses et souvent peu construites. Hélas, ce type d’interprétations abusives constitue un métier à part entière qui fait prospérer des individus aussi peu ragoûtants que Roland Cayrol ou Brice Teinturier. Lutter contre elles est une nécessité de chaque instant.

Inversement, je regarde avec passion les soirées électorales pour y trouver quelques pépites de langue bien coupantes et bien pensées: le brin d’humanisme béarnais et souriant de Babar, l’habileté d’un Fabius piégeant Borloo comme un écolier, la fierté d’être à gauche de Besancenot, la mauvaise humeur pertinente de Mélenchon, la forte voix de Jean-Marie Le Guen.


Allo, Tonton?

2 juin 2007


Votre voisin a une tête qui ne vous revient décidément pas? Vous êtes nostalgique d’une époque pas si lointaine que ça? Vous êtes parano, ou tout simplement misanthrope? Alors, rendez-vous sur le site du Ministère du Civisme pour une petite délation en règle!

Bon, c’est une blague bien sûr, mais c’est aussi une pratique courante, concernant les impôts entre autres en Espagne, ou encore au Portugal.
En cherchant bien, on devrait pouvoir trouver des pratiques similaires un peu partout dans le monde.
Alors, ouvrez l’oeil, et le bon.


Bah, c’est à dire, m’sieu le juge…

2 juin 2007


C’est ma journée Libé. C’est pourtant un journal que je ne lis quasiment plus, même en ligne. Hier soir, cependant, des numéros étaient en libre service au Pathé où je m’en allais voir le dernier Tarantino, Death Proof (j’en reparlerai peut-être, même si cela n’en vaut guère la peine, AMHA). Quoi qu’il en soit, ce numéro consacre sa page Portrait, la dernière, à deux membres du groupe rap La Rumeur.Je vous explique pourquoi…
Dans un post récent, l’auteur de l’hilarant, et non moins excellent, blog Vive le Feu attirait notre attention sur l’absence d’écho que suscitait, au contraire de celui de Charlie Hebdo, le procès en diffamation du dessinateur Placid (voir les détails ici).
On peut facilement s’apercevoir en ces temps litigieux, à moins d’être complètement anesthésié au pastis, que les recours pour outrages et autres atteintes à la vie privée, sont légion. Il suffit de jeter un nouveau coup d’oeil au numéro de Libé en question pour s’en convaincre.
Revenons à nos moutons, qui en l’occurence, sont loin d’en être. En 2003, Hamé, membre de La Rumeur, publie un texte intitulé “Insécurité sous la plume d’un barbare“. Celui-ci n’est pas du goût du Ministère de l’Intérieur, qui décide de porter plainte. N’étant pas spécialiste de droit, je ne puis me prononcer sur le bien fondé de la plainte,mais il semble que les tribunaux l’ont fait, prononcant la relaxe par deux fois. Depuis, l’affaire ressort de l’acharnement judiciaire, puisque, après quatre ans de procédure, les accusés-relaxés-par-deux-fois doivent comparaitre en cassation. Sans être forcément d’accord avec le ton ou tous les propos de l’article, mais les tribunaux ayant par deux fois estimé que les déclarations de l’auteur relevaient de la “liberté d’expression”, je crois qu’il est bon de rappeler que “la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.” (Art. 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme).


Soirée électorale

2 juin 2007

Encore une fois Reiser avait raison par anticipation.


Décomplexé, mais bourré comme un coing

2 juin 2007

Un extrait qu’on ne voit bizarrement pas sur les TV françaises. Reste à savoir la marque de la vodka en question.


Un de plus qui est décomplexé

2 juin 2007

Bienvenue en Sarkozie, le pays où on “exige” des artistes la conformité idéologique. Ça se passe à Oyonnax dans l’Ain (siège de l’usine Grosfillex, private joke pour certains géographes), où le maire Jacques Gobet se ridiculiserait si le lourd climat n’était pas aux menaces sur la liberté d’expression, et plus largement sur la vie de l’esprit et l’opposition.


Une éternité en enfer

2 mai 2007

La chaîne de télévision hollandaise BNN organise demain une émission de télé réalité (avec comme producteur Endemol bien sûr) sur le don d’organes où une malade en phase terminale doit donner un rein à trois demandeurs.. et le public doit voter par sms pour déterminer qui va le recevoir.

Ce n’est pas une blague, voir les articles.

Les mots pour exprimer ce que je pense me manquent, je citerai donc ceux écrits il y 70 ans environ par René Char:

Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit. Sans interruption. Sans égarement.