Persepolis est l’adaptation bouleversante de la BD du même nom. D’autant plus bouleversante pour moi que l’histoire fait écho à celle de très proches amis iraniens. On reconnaît dans ce film l’élégance infinie des Perses, confrontés à la brutalité de l’histoire et de la religion. On y voit la force que donne l’amour familial, appuyé sur des valeurs droites. Malgré son trait léger, c’est un film sombre et fort, noir, si noir, empli de souffrances et de morts, et dont on sort marqué. Heureux, aussi, de vivre dans un pays libre, quoique cerné et gangrené par ce même fanatisme obtus qui est l’apange de notre époque et qu’à l’occasion défend Jacques Vergès (voir ici même). L’humour et l’autodérision de Marjane Satrapi, son sens du détail (les fleurs de jasmin et les cygnes blancs…) sont le contrepoint lumineux de cette réalité étouffante.
Parallèle édifiant
2 juin 2007Arrêt sur images, la seule émission critique de la télévision à la télévision, est arrêtée sans explication à la rentrée. On peut signer la pétition en ligne et en savoir plus sur l’excellent Big Bang Blog de Schneidermann, Abiker and co.
Guillaume Sarkozy, frère du Guide, entre au conseil de surveillance du Monde.
Ami lecteur, dessine tes propres conclusions.
Quelques termes à la con
2 juin 2007La politique, c’est d’abord un langage, qui permet d’articuler des valeurs avec des réalités.
L’appauvrissement de la langue politique est tangible, ces temps derniers, d’abord avec les deux candidats du second tour (Royal et son discours 1/3 technocrate, 1/3 IUFM, 1/3 bisounours, Sarkozy et ses effarants appels au sens commun le plus médiocre), surtout avec la prégnance de quelques termes à la con, qui bourdonnent à mes oreilles malgré une soirée électorale plus agréable que prévu :
“logiciel”
On lit beaucoup, y compris sous la plume du nouveau dirlo du Monde, que la gauche doit “refonder son logiciel”. Je ne sais plus qui est à l’origine de cette technicisation grotesque de l’analyse politique, mais comparer un programme politique ou une vision du monde à quelques lignes de code informatique est nouvelle et intolérable dévalorisation de la vie politique entendue comme la recherche du bien commun et de l’intérêt général.
“tsunami”
Les éditorialistes les plus médiocres, ceux du PPA en particulier, ont usé et abusé de la métaphore de la “vague bleue”, leur cerveau étroit et leur vocabulaire limité assignant par une sorte d’effet de seuil involontairement comique s’il n’était obscène, le terme de “tsunami” à une ample victoire de l’UMP. D’abord, ils sont déçus, voire énervés, car il n’a pas eu lieu. Ensuite, un petit rappel: le mot japonais “tsunami” désigne les raz-de-marée produits par les séismes sous-marins. Le phénomène est devenu connu à travers sa dramatique occurence dans l’océan indien à l’hiver 2004. Trois cent mille victimes ne sont plus là pour rappeler aux éditorialistes médiocres l’inadéquation obscène de leur langage.
“les Français ont choisi”
On entend, surtout dans le camp des vainqueurs, des assertions définitives sur le “vote des Français”, qui ont “choisi la réforme”, ou “voulu la rupture”; et inversement chez les vaincus on prétend que “les Français” ont “envoyé un avertissement” ou “exprimé leur méfiance”. Mais bien sûr, comme toutes les entités collectives, les Français n’existent pas, comme le savent les socio-historiens. Un peu de modestie, de rigueur, de nominalisme, d’équilibre de la pensée et du langage amènerait à dire et écrire que des Français ont voté, de manière très partagée à chaque fois, et avec des motivations fort diverses et souvent peu construites. Hélas, ce type d’interprétations abusives constitue un métier à part entière qui fait prospérer des individus aussi peu ragoûtants que Roland Cayrol ou Brice Teinturier. Lutter contre elles est une nécessité de chaque instant.
Inversement, je regarde avec passion les soirées électorales pour y trouver quelques pépites de langue bien coupantes et bien pensées: le brin d’humanisme béarnais et souriant de Babar, l’habileté d’un Fabius piégeant Borloo comme un écolier, la fierté d’être à gauche de Besancenot, la mauvaise humeur pertinente de Mélenchon, la forte voix de Jean-Marie Le Guen.
Allo, Tonton?
2 juin 2007
Votre voisin a une tête qui ne vous revient décidément pas? Vous êtes nostalgique d’une époque pas si lointaine que ça? Vous êtes parano, ou tout simplement misanthrope? Alors, rendez-vous sur le site du Ministère du Civisme pour une petite délation en règle!
Bon, c’est une blague bien sûr, mais c’est aussi une pratique courante, concernant les impôts entre autres en Espagne, ou encore au Portugal.
En cherchant bien, on devrait pouvoir trouver des pratiques similaires un peu partout dans le monde.
Alors, ouvrez l’oeil, et le bon.
Bah, c’est à dire, m’sieu le juge…
2 juin 2007
C’est ma journée Libé. C’est pourtant un journal que je ne lis quasiment plus, même en ligne. Hier soir, cependant, des numéros étaient en libre service au Pathé où je m’en allais voir le dernier Tarantino, Death Proof (j’en reparlerai peut-être, même si cela n’en vaut guère la peine, AMHA). Quoi qu’il en soit, ce numéro consacre sa page Portrait, la dernière, à deux membres du groupe rap La Rumeur.Je vous explique pourquoi…
Dans un post récent, l’auteur de l’hilarant, et non moins excellent, blog Vive le Feu attirait notre attention sur l’absence d’écho que suscitait, au contraire de celui de Charlie Hebdo, le procès en diffamation du dessinateur Placid (voir les détails ici).
On peut facilement s’apercevoir en ces temps litigieux, à moins d’être complètement anesthésié au pastis, que les recours pour outrages et autres atteintes à la vie privée, sont légion. Il suffit de jeter un nouveau coup d’oeil au numéro de Libé en question pour s’en convaincre.
Revenons à nos moutons, qui en l’occurence, sont loin d’en être. En 2003, Hamé, membre de La Rumeur, publie un texte intitulé “Insécurité sous la plume d’un barbare“. Celui-ci n’est pas du goût du Ministère de l’Intérieur, qui décide de porter plainte. N’étant pas spécialiste de droit, je ne puis me prononcer sur le bien fondé de la plainte,mais il semble que les tribunaux l’ont fait, prononcant la relaxe par deux fois. Depuis, l’affaire ressort de l’acharnement judiciaire, puisque, après quatre ans de procédure, les accusés-relaxés-par-deux-fois doivent comparaitre en cassation. Sans être forcément d’accord avec le ton ou tous les propos de l’article, mais les tribunaux ayant par deux fois estimé que les déclarations de l’auteur relevaient de la “liberté d’expression”, je crois qu’il est bon de rappeler que “la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.” (Art. 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme).
Décomplexé, mais bourré comme un coing
2 juin 2007Un extrait qu’on ne voit bizarrement pas sur les TV françaises. Reste à savoir la marque de la vodka en question.
Un de plus qui est décomplexé
2 juin 2007Bienvenue en Sarkozie, le pays où on “exige” des artistes la conformité idéologique. Ça se passe à Oyonnax dans l’Ain (siège de l’usine Grosfillex, private joke pour certains géographes), où le maire Jacques Gobet se ridiculiserait si le lourd climat n’était pas aux menaces sur la liberté d’expression, et plus largement sur la vie de l’esprit et l’opposition.
Une éternité en enfer
2 mai 2007La chaîne de télévision hollandaise BNN organise demain une émission de télé réalité (avec comme producteur Endemol bien sûr) sur le don d’organes où une malade en phase terminale doit donner un rein à trois demandeurs.. et le public doit voter par sms pour déterminer qui va le recevoir.
Ce n’est pas une blague, voir les articles.
Les mots pour exprimer ce que je pense me manquent, je citerai donc ceux écrits il y 70 ans environ par René Char:
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit. Sans interruption. Sans égarement.
Publié par nuitenpleinjour 


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