Nul n’est prophète en son parti

2 juin 2007


Et pendant ce temps là, la foire d’empoigne continue au PS. Ce matin, dans une interview donnée au Monde, Fabius se défend de participer à la guerre des petites phrases et au jeu des rivalités internes. Changement de stratégie: au lieu de casser du sucre sur le dos des autres, notamment Ségo Royal, autant se faire mousser soi-même. Il comprend “l’atmosphère délétère qui règne parmi les dirigeants socialistes” mais on sent qu’il estime ne rien avoir à faire là-dedans. Non, lui veut être un “sage actif”, parce qu’après tout, il tient la forme, il a de l’expérience, et il a un vrai contact avec la population, il est “à l’écoute” comme il dit, et en plus, il est prêt à jouer perso contrairement à tous ces autres renards ou gazelle des surfaces.
En tout cas, on le sent un peu frustré quand même, et un peu revanchard, regrettant de ne pas avoir eu assez la parole pendant la campagne présidentielle, alors que les résultats des législatives ont montré que sa voix pouvait mettre en marche la machine à gagner (même s’ils ont perdu, point besoin de le rappeler). Lui aurait pu contribuer à la “démystification” du discours de NS, à lever les lièvres de son programme… Mais hélas, “vox clamans in deserto” pourrait-il dire et, ce faisant, préparant sa propre voie. Parce que, après tout, n’est-il pas celui qui a “débusqué l’affaire de la TVA antisociale en quelques minutes, un dimanche soir à la télévision”? S’il avait pu faire les même travail de sape pendant la première campagne, qui sait ce qui aurait pu se produire? Sans oublier un petit couplet sur “la sincérité en politique” et “l’éthique” nécessaire à la personnalité politique selon lui, ce dont serait dépourvue … une certaine Ségolène Royal si on sait lire entre les lignes .

Au final, entre ses “jeunes lions” et ses “sages actifs” à la Maître Yoda, le PS n’est pas sorti de la mouise.


À la pointe des sciences sociales

2 juin 2007

Après une enquête sociologique serrée qui m’a vu interroger moi-même, la blogosphère, mon chat, mon buraliste, et la shampooineuse de Pascal Perrineau, je suis en mesure de vous livrer la composition définitive de l’électorat sarkozyste. Comme les droites selon René Rémond (rappel: orléaniste, légitimiste, bonapartiste), il est triple.

Il existe en effet trois catégories de sarkozysmes que je peux dévoiler en exclusivité.

1) Le sarkozysme des maisons de retraite

Prototype: le public des meetings UMP à Lyon (ci-dessus, celui du malheureux Christian Philip, 4e circonscription)
Motivations: que la France d’après ressemble plus à celle d’avant, que les voyous soient enfin punis de peines planchers voire fichés par l’ADN, les immigrés enfin ramenés chez eux par la force, que les fraudeurs dont parlent Julien Courbet et Jean-Pierre Pernaut soient enfin démasqués, que les feignants travaillent enfin (pour payer les retraites, justement), qu’on soit enfin rassurés, que le rôle positif de la colonisation (voire de l’OAS) ne soit pas oublié et qu’on en finisse enfin avec la repentance, et puis surtout qu’une femme ne soit pas élue à la présidence.

2) Le sarkozysme des écoles de commerce

Prototypes: Loïc le Meur, Arnaud Lagardère
Motivations: gagner plus, payer moins d’impôts, faire travailler plus les salariés, payer moins d’impôts, changer ses enfants d’école en supprimant la carte scolaire, payer moins d’impôts, faire payer le trou de la sécu aux pauvres par les franchises médicales, payer moins d’impôts, faire plus de sport à l’école et en finir avec les lectures inutiles, payer moins d’impôts, afficher sans complexe le fric mal acquis, payer moins d’impôts.

3) Le sarkozysme des pigeons


Prototype: Fadela Amara
Motivations: croire les discours écrits par Henri Guaino citant Jaurès et Blum, croire à l’OPA sarkozyste sur les valeurs du communisme défunt (travail, effort, nation, mérite, rupture), croire au saupoudrage cynique de diversité ethnique, croire aux discours sur la “fracture sociale” (ah non, ça c’était il ya 12 ans), croire qu’un ami des plus riches patrons est “proche des gens”.

Il existe évidemment des variantes et des combinaisons, la sociologie électorale est une science fort complexe. Par exemple au croisement des deux premières catégories on trouve Jean-Philippe Smet aka Johnny, au croisement des deux dernières on trouve Rama Yade, et au croisement de la première et de la dernière, Simone Veil.

Une baisse de TVA et une défiscalisation des intérêts d’emprunt au premier qui arrive à trouver les traditions politiques de la droite selon Rémond auxquelles ces catégories correspondent.


Parallèle édifiant

2 juin 2007

Arrêt sur images, la seule émission critique de la télévision à la télévision, est arrêtée sans explication à la rentrée. On peut signer la pétition en ligne et en savoir plus sur l’excellent Big Bang Blog de Schneidermann, Abiker and co.

Guillaume Sarkozy, frère du Guide, entre au conseil de surveillance du Monde.

Ami lecteur, dessine tes propres conclusions.


Quelques termes à la con

2 juin 2007
J.F. Copé, membre honoraire du club des appauvrisseurs forcenés de la langue politique

La politique, c’est d’abord un langage, qui permet d’articuler des valeurs avec des réalités.

L’appauvrissement de la langue politique est tangible, ces temps derniers, d’abord avec les deux candidats du second tour (Royal et son discours 1/3 technocrate, 1/3 IUFM, 1/3 bisounours, Sarkozy et ses effarants appels au sens commun le plus médiocre), surtout avec la prégnance de quelques termes à la con, qui bourdonnent à mes oreilles malgré une soirée électorale plus agréable que prévu :

“logiciel”
On lit beaucoup, y compris sous la plume du nouveau dirlo du Monde, que la gauche doit “refonder son logiciel”. Je ne sais plus qui est à l’origine de cette technicisation grotesque de l’analyse politique, mais comparer un programme politique ou une vision du monde à quelques lignes de code informatique est nouvelle et intolérable dévalorisation de la vie politique entendue comme la recherche du bien commun et de l’intérêt général.

“tsunami”
Les éditorialistes les plus médiocres, ceux du PPA en particulier, ont usé et abusé de la métaphore de la “vague bleue”, leur cerveau étroit et leur vocabulaire limité assignant par une sorte d’effet de seuil involontairement comique s’il n’était obscène, le terme de “tsunami” à une ample victoire de l’UMP. D’abord, ils sont déçus, voire énervés, car il n’a pas eu lieu. Ensuite, un petit rappel: le mot japonais “tsunami” désigne les raz-de-marée produits par les séismes sous-marins. Le phénomène est devenu connu à travers sa dramatique occurence dans l’océan indien à l’hiver 2004. Trois cent mille victimes ne sont plus là pour rappeler aux éditorialistes médiocres l’inadéquation obscène de leur langage.

“les Français ont choisi”
On entend, surtout dans le camp des vainqueurs, des assertions définitives sur le “vote des Français”, qui ont “choisi la réforme”, ou “voulu la rupture”; et inversement chez les vaincus on prétend que “les Français” ont “envoyé un avertissement” ou “exprimé leur méfiance”. Mais bien sûr, comme toutes les entités collectives, les Français n’existent pas, comme le savent les socio-historiens. Un peu de modestie, de rigueur, de nominalisme, d’équilibre de la pensée et du langage amènerait à dire et écrire que des Français ont voté, de manière très partagée à chaque fois, et avec des motivations fort diverses et souvent peu construites. Hélas, ce type d’interprétations abusives constitue un métier à part entière qui fait prospérer des individus aussi peu ragoûtants que Roland Cayrol ou Brice Teinturier. Lutter contre elles est une nécessité de chaque instant.

Inversement, je regarde avec passion les soirées électorales pour y trouver quelques pépites de langue bien coupantes et bien pensées: le brin d’humanisme béarnais et souriant de Babar, l’habileté d’un Fabius piégeant Borloo comme un écolier, la fierté d’être à gauche de Besancenot, la mauvaise humeur pertinente de Mélenchon, la forte voix de Jean-Marie Le Guen.


Bah, c’est à dire, m’sieu le juge…

2 juin 2007


C’est ma journée Libé. C’est pourtant un journal que je ne lis quasiment plus, même en ligne. Hier soir, cependant, des numéros étaient en libre service au Pathé où je m’en allais voir le dernier Tarantino, Death Proof (j’en reparlerai peut-être, même si cela n’en vaut guère la peine, AMHA). Quoi qu’il en soit, ce numéro consacre sa page Portrait, la dernière, à deux membres du groupe rap La Rumeur.Je vous explique pourquoi…
Dans un post récent, l’auteur de l’hilarant, et non moins excellent, blog Vive le Feu attirait notre attention sur l’absence d’écho que suscitait, au contraire de celui de Charlie Hebdo, le procès en diffamation du dessinateur Placid (voir les détails ici).
On peut facilement s’apercevoir en ces temps litigieux, à moins d’être complètement anesthésié au pastis, que les recours pour outrages et autres atteintes à la vie privée, sont légion. Il suffit de jeter un nouveau coup d’oeil au numéro de Libé en question pour s’en convaincre.
Revenons à nos moutons, qui en l’occurence, sont loin d’en être. En 2003, Hamé, membre de La Rumeur, publie un texte intitulé “Insécurité sous la plume d’un barbare“. Celui-ci n’est pas du goût du Ministère de l’Intérieur, qui décide de porter plainte. N’étant pas spécialiste de droit, je ne puis me prononcer sur le bien fondé de la plainte,mais il semble que les tribunaux l’ont fait, prononcant la relaxe par deux fois. Depuis, l’affaire ressort de l’acharnement judiciaire, puisque, après quatre ans de procédure, les accusés-relaxés-par-deux-fois doivent comparaitre en cassation. Sans être forcément d’accord avec le ton ou tous les propos de l’article, mais les tribunaux ayant par deux fois estimé que les déclarations de l’auteur relevaient de la “liberté d’expression”, je crois qu’il est bon de rappeler que “la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.” (Art. 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme).


Les limites de la discrimination positive?

2 juin 2007


Certaines histoires laissent pantois. Ainsi cette brève Reuters lue dans Libé hier. Deux édiles locaux chinois “ont été condamnés pour avoir laissé un entrepreneur aveugle superviser la construction d’un pont. Le pont s’est effondré en plein chantier, blessant 12 personnes”. Il est dit ailleurs que l’entrepreneur en question avait modifié les plans de l’ouvrage sans l’avis d’un autre collègue.
Espérons que Kouchner soit plus avisé dans l’élaboration de son pont aérien pour le Darfour. Visiblement, cela semble assez mal parti.


Oublier Douste…

2 juin 2007

Alors que le PS traverse un énième désert, incapable de définir un projet, et où aucun discours convaincant et cohérent ne semble pouvoir émerger, il est rassurant d’entendre quelqu’un comme Hubert Védrine, dont le propos est clair et précis, loin des imprécations sarkoziennes le soir des élections. On l’a vu un temps dans le gouvernement Fillon, ou encore à la tête du Monde, ce qui est sûr, c’est qu’il était sur France Culture jeudi dernier dans l’émission Le Rendez-vous des Politiques (l’émission est encore disponible à l’écoute) à l’occasion de la publication d’un nouveau livre.
Emission très dense où, à défaut de pouvoir approfondir dans ce format assez court, Védrine aborde les grandes préoccupations de politique étrangère actuelles et à venir, pour la France et l’Europe, mais pas seulement.
L’auteur du terme d’hyperpuissance revient sur les relations avec les EU. Il pourfend l’attitude unilatéraliste et arrogante de l’administration Bush, mais précise qu’il ne faut pas réduire ce pays à son incarnation politique actuelle. Cependant, il vilipende les accusations systématiques d’antiaméricanisme primaire qui empêchent toute critique constructive des politiques américaines.
Il n’est pas tendre avec nous autres, pauvres occidentaux, pétris d’ethnocentrisme et de paternalisme, incapables d’appréhender les changements du monde en dehors de notre loupe universaliste. Ni avec une Europe qui tenterait, depuis 1945, de s’abstraire de la marche du monde, se contentant souvent d’une position de spectateur (le modérateur et historien de ce blog a droit de réponse sur ce point!). Et c’est là bien sûr le point nodal de l’entretien: quel rôle pour l’Europe, quel nouveau modèle, quelle organisation viable pour l’Union, et partant, quelle place pour la France dans cette organisation sur la scène internationale?
Il ne s’explique guère sur sa non-participation au nouveau gouvernement, mais marque bien sa différence d’avec Kouchner, se détachant fortement d’une vision droit-de-l’hommiste (à tendance néo-conservatrice) des politiques diplomatiques, privilégiant une attitude réaliste.
Dernier point en ce qui me concerne (et non pas de l’émission), il attaque les vélléités du pouvoir à légiférer sur les questions de mémoire et d’histoire, privilégiant certaines vérités officielles, au rique de “transformer les républiques en églises” et en occultant certains faits historiques. Il faut enseigner toute l’histoire dit-il et il s’émeut de la disparition de la transmission historique, véritable “tragédie” selon lui. Bilan exagéré ou alors réaliste? A vous de voir.

PS: pour les fans (ce que je me garde bien d’être), Védrine a son propre site internet, mélange de CV et d’autopromotion.


Soirée électorale

2 juin 2007

Encore une fois Reiser avait raison par anticipation.


Décomplexé, mais bourré comme un coing

2 juin 2007

Un extrait qu’on ne voit bizarrement pas sur les TV françaises. Reste à savoir la marque de la vodka en question.


Animal farm

2 juin 2007


Lecture lointaine du lycée, Animal farm reste un petit chef-d’oeuvre d’allégorie politique. Les animaux de Manor farm renversent la tyrannie de M. Jones, et créent Animal farm, sous la bannière verte décorée du sabot et de la corne. Mais le rêve de “l’animalisme” et d’une société plus juste sombre dans la violence totalitaire.

A la fois transparentes et subtiles, les clés sont pour beaucoup dans le plaisir de la lecture. Evidemment, je les comprends mieux comme prof d’histoire que comme lycéen. Rien n’y manque: ni le débat Snowball/Napoleon sur la révolution mondiale ou “l’animalisme dans une seule ferme”, ni les auto-accusations lors de procès spectaculaires, ni les négociations complexes avec les fermes voisines qui voient au dernier moment s’opérer un renversement d’alliances au profit du brutal M. Frederick. Mais le plaisir est soutenu par une langue impeccable de précision, par la simplicité émouvante des images et des figures – Boxer, le cheval à la force indomptable, trompé par les dirigeants (les cochons, animaux les plus intelligents et les plus proches des humains, idée que ne ne réfuterait pas entre autres Michel Pastoureau), vendu à l’abattoir.

Il est surtout soutenu par l’humour décalé de phrases telles que:

“You would often hear one hen remark to another: ‘Under the guidance of our leader Napoleon, I have laid five eggs in six days’; or two cows, enjoying a drink at the pool, would exclaim, ‘Thanks to the leadership of Comrade Napoleon, how excellent this water tastes!’”

La pertinence du court texte reste extrême, moins dans sa dénonciation du stalinisme disparu que dans sa lucidité sur l’imposition de nouvelles réalités et l’oubli rapide des anciennes, avec le renouvellement des générations et l’adéquation de la propagande :

“As for the others, their life, so far as they knew, was as it had always been. They were generally hungry, they slept on straw, they drank from the pool, they laboured in the fields; in winter they were troubled by the cold, and in summer by the flies. Sometimes the older ones among them racked their dim memories and tried to determine whether in the early days of the Rebellion, when Jones’s expulsion was still recent, things had been better or worse than now. They could not remember. There was nothing with which they could compare their present lives: they had nothing to go upon except Squealer’s lists of figures, which invariably demonstrated that everything was getting better and better. The animals found the problem insoluble; in any case, they had little time for speculating on such things now.”