La Meglio Gioventù

2 juin 2007

Et puisque l’on parle de l’Italie, un petit extrait du magnifique film de Marco Tullio Giordana, conçu pour la Rai. Ici, l’un des deux frères Carati, Nicola, à la personnalité ouverte et solaire, reçoit son 30/30 lors des examens de fin de première année de médecine, de la part d’un professeur qui lui applique son “coefficient de sympathie”, du grec sumpazein, “c’est-à-dire partager le pathos, une bonne qualité pour un médecin”.

Il l’invite ensuite à quitter l’Italie, ce pays-musée, beau mais inutile, à détruire, où ne se perpétuent que des dinosaures – comme lui-même. On est en 1967, et le film promènera sa caméra douce, amère, profonde sur la suite de l’histoire italienne, entre antipsychiatrie, déchirements familiaux, sincérité des personnages.


Le Grand Jour

2 juin 2007

Dans une heure, arrivent les sujets d’histoire-géo. Neuf mois de travail validés ou évanouis en quelques instants. Jusqu’ici j’ai toujours été déçu et me suis toujours trompé dans mes pronostics. Je me suis plutôt gardé d’en faire cette année, même si j’espère un croquis sur la Russie ou la Méditerranée.

C’est un moment assez exaltant, où l’on se demande si l’on a bien fait son boulot. C’est l’occasion de se remémorer tout ce qu’on a mal ou pas expliqué, tout ce que l’entendement rétif des élèves n’a pu intégrer. Et encore, je sais ma matière privilégiée : je n’ai pas à enseigner les dérivées ou autres logarithmes népériens qui faisaient mon propre désespoir, où à faire percuter les subtilités du datif.

N’empêche. On sait que certains passages du programme ne “marchent” pas comme on dit dans les salles des profs (wouah, j’ai fait la Révolution verte en seconde, ça a trop bien marché”). Ce qui passe bien, en général, ce sont les guerres (comme Marc Bloch les élèves apprécient le sang). Inversement, quels moments de solitude lorsque par une fin d’après-midi, à des Seconde agités, on tente d’expliquer les réformes clisthéniennes!

Au palmarès de ces moments impossibles, je placerais sans conteste les passages concernant les démocraties populaires, l’explication de la dégradation des termes de l’échange (“hein?”), l’évocation pourtant poétique de la puissance de l’agriculture américaine, ou le développement en vol d’oies sauvages des pays d’Asie.

Bref, il est temps d’y aller.


Vox clamans in deserto

2 mai 2007

A la fin d’un conseil de classe une nouvelle fois déprimant, au cours duquel sont de nouveau pointés le manque de travail mais aussi l’architecture mentale fracturée de nombre d’élèves (dont les symptômes classiques sont la difficulté à comprendre un énoncé simple et la confusion “et”/”est”) une discussion vivante s’engage sur les causes et les diagnostics.

Je ne peux que redire ici ma conviction profonde que ces problèmes nous viennent, bien avant le lycée, et en plus des maux sociaux bien connus, d’une école primaire dégradée sinon détruite, aux apprentissages déstructurés.

Cette conviction, s’est étayée de lectures au fil des années. Parmi elles, je dois tout particulièrement conseiller les textes hors du commun de Laurent Lafforgue. Mathématicien d’exception, il aurait pu se consacrer tranquillement aux Chtoucas de Drinfeld de longues années durant. Il s’est fait connaître par un courriel fracassant dans lequel il expliquait que faire appel

“aux experts de l’Education nationale : Inspections générales et directions de l’administration centrale, en particulier direction de l’évaluation et de la prospective et direction de l’enseignement scolaire, pour moi, c’est exactement comme si nous étions un “Haut Conseil des Droits de l’Homme” et si nous envisagions de faire appel aux Khmers rouges pour constituer un groupe d’experts pour la promotion des Droits Humains.”

Cette lucide mais peu consensuelle prise de position l’ayant forcé à une démission du Haut Conseil de l’Education, il milite depuis, avec passion, talent, impartialité et une rare hauteur de vues, pour une refondation de l’école. L’appel est ouvert, à vos signatures…


Dernière lettre de Missak Manouchian

2 mai 2007

Alors que ce matin même mes élèves, face à la question “qu’auriez-vous fait à leur place?”, se passionnaient en s’identifiant aux résistants, et que chacun commente l’injonction présidentielle à lire, à chaque rentrée, dans un rituel quelque peu vidé de sens historien et pédagogique, la dernière lettre de Guy Môquet, on peut (re)lire avec profit le texte magnifique d’une autre “dernière lettre”, celle du résistant FTP-MOI Manouchian, présent à nos mémoires par “l’affiche rouge” :


…et par les vers qu’Aragon en tira (L’affiche qui semblait une tache de sang/Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles/Y cherchait un effet de peur sur les passants).

Voici le texte de la lettre, qui vaut tous les poèmes, avant l’exécution du 19 février 1944 :

Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,

Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, je n’y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.
Que puis-je t’écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.

Je m’étais engagé dans l’Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme récompense.

Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous… J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendue heureuse, j’aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d’avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l’armée française de la libération.

Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d’être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l’heure avec le courage et la sérénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n’ai fait de mal à personne et si je l’ai fait, je l’ai fait sans haine. Aujourd’hui, il y a du soleil. C’est en regardant le soleil et la belle nature que j’ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t’embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami, ton camarade, ton mari.

Manouchian Michel.

On peut écouter cette lettre lue, et écouter ici l’émission (avec chansons et textes lus) que Daniel Mermet lui consacra.

This is the end, beautiful friends

2 mai 2007

Fin d’année scolaire: deux conseils de classe, expérience comme toujours mi-drôlatique mi-accablante, un goûter en projet, et encore une douzaine de copies à terminer.


Derniers cours demain matin. L’outil de travail aura bien servi.


Perles et inventions juvéniles (open list)

2 mai 2007

Définir la Commune de Paris: “Il y a plusieurs arrondissements. Voilà”

En 1789, “Le serment du Jus de Pomme”

La civière devient “silvière” et le brancard, “bancart”. Le sourire est “sourrir”, et le piédestal “pied d’estale”.

Sur la carte du monde: “L’étonie” et la “Lestuanie”, loin des “pays du Golf”.