Secret Agent Man


Si vous avez aimé L’avocat de la terreur, documentaire de Barbet Schroeder retracant les grandes heures de l’avocat controversé Jacques Vergès, entre implication avec des réseaux terroristes et manipulations diplomatiques, alors vous allez adorer Family Jewels. Et tout de suite vous imaginez un film peu recommandable, voyons, pas du tout… Il s’agit en fait d’un document qui vient tout juste d’être déclassifié et qui décrit certaines actions peu reluisantes menées par la CIA durant la guerre froide (disponible ici).

Bon, nous n’avions que peu de foi concernant l’intégrité et l’éthique de l’agence (il s’agit de services secrets quand même), et on connaissait ou imaginait vivement l’implication de la CIA dans de nombreux coups tordus, au Chili par exemple. Ce qui est intéressant ici, c’est la description de la mécanique du système: manoeuvres d’approche (en ce qui concerne J. Roselli par exemple, dont on savait qu’il controlait les machines à glace sur le Strip de Vegas (!!), et qui sera utilisé dans une tentative d’assassinat de Castro), rencontres clandestines, transactions et négociations financières, matériel nécessaire (jusqu’à la lampe torche!), transcriptions de conversations,etc. Ce qui est drôle, et flippant à la fois, c’est de se rendre compte que tout est scrupuleusement consigné dans des mémos et autres notes de service, jusqu’au coût des enveloppes et des timbres! En plus de Castro, le document révèle les opérations de surveillance de “dangereux” opposants (comme John Lennon ou Jane Fonda, journalistes, Black Panthers), le “lien ténu” de l’agence avec l’assassinat de Rafael Trujillo, le fait que Lumumba était dans leur ligne de mire (même si l’agence se défend de toute implication dans son meurtre). Bref, un document édifiant, et comme le faisait remarquer l’adorable Kissinger dans une conversation secrète avec G. Ford, alors président, “si ça sort, le sang va couler.”

Document finalement assez fascinant (certainement pas assez pour se taper les 693 pages quand même) en tant qu’il nous met, tout comme le film de Schroeder dans une certaine mesure, devant une réalité dont nous avons conscience à bien des niveaux mais que nous ne pouvons que rarement matérialiser.

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