
Je ne veux pas faire mon gros philistin, mais je dois avouer que l’art contemporain me laisse souvent (la plupart du temps en fait) pour le moins dubitatif. Ainsi de l’exposition que le Centre Pompidou consacre actuellement à Annette Messager. Messsager est une artiste reconnue, estimée, et à juste titre je suppose, mais l’expo m’a laissé comme deux ronds de flan. Suis-je un crétin, docteur? Je ne dis pas que tout m’a totalement échappé dans ces oeuvres (je vois bien le jeu sur l’ambiguité attirance/répulsion de corps grotesques, le travail sur des matériaux remplis d’affects, comme les peluches par exemple…) mais ça ne me parle guère. Et on ressort de là en se disant que décidément, on n’a rien compris*.
J’ai l’impression que c’est souvent le problème de l’art contemporain, qui ne semble pouvoir se passer de tout l’appareil explicatif et interprétatif qui l’accompagne. Il suffit de regarder la taille des notices accolées aux oeuvres. Comme je suis quelqu’un de très (trop?) scrupuleux, je les lis attentivement, le dos courbé, les mains croisées, me redresse difficilement (il faut noter que ces notices ne sont que rarement à hauteur d’yeux) et m’exclame: “C’est donc ça!”. On en vient à la conclusion que l’art contemporain est autant un travail d’artiste que de critique (mais peut-être en a-t-il toujours été ainsi).
Peut-être que ce qui me gêne dans ces oeuvres est l’absence de sensation d’investissement physique de l’artiste dans l’acte créatif (mais bien sûr, de nombreuses exceptions devraient contredire cette assertion, considérant l’énorme diversité des productions classées sous cette appellation). Ce qui m’intéresse est souvent plus la démarche physique qu’intellectuelle, la geste de l’artiste, le processus de création en tant que tel: Pollock et son action painting, ou Picasso tel que capturé par Clouzot:
Ceci dit, je me rends bien compte que ça renvoit à une vision assez romantique de l’artiste et de la création. Mais c’est certainement la raison pour laquelle j’aime assez bien l’art performance par exemple, où l’artis
te s’expose, voire se met en danger (un peu comme Lee Majors dans The Fall Guy si vous voyez ce que je veux dire).
Bon, plus sérieusement, une artiste que j’aime beaucoup est Sophie Calle, présente dans une autre expo à Beaubourg, Airs de Paris**. Calle, qui représente la France à Venise cette année, est une artiste qui se met en scène dans des récits prenant souvent comme point de départ des situations personnelles, intimes. On pourrait rapprocher ce qu’elle fait de l’autofiction, mais contrairement à certains écrivains dont je tairai les noms, le moi s’efface sensiblement pour laisser la place à la fiction, au champ des possibles: jeu sur le hasard, multiplicités des supports (photographie, texte, objets comme dépositaires d’histoire(s), vidéo…), mises en scène, provocations de situations, imposition de contraintes et manipulations des codes… Bon, le plus simple est encore de vous conseiller la “lecture” de ses Double-jeux par exemple, ou alors son film No Sex Last Night (qui ne semble pas disponible en DVD malheureusement, donc difficilement visible).
Finalement, pour faire de l’art contemporain, comme le disait une spectatrice déconcertée à la sortie de l’expo Messager, “il faut oser”, tout simplement, et que pour l’apprécier, mieux vaut peut-être ne pas trop chercher à comprendre et aussi revendiquer son droit à la mauvaise foi.
*Ce que je retiens, ce sont ces feuilles accrochées au mur formant un ensemble intitulé “Ma collection de proverbes”. Il s’agit de détournement de phrases, de proverbes renvoyant à des clichés sexistes. Une d’entre elles est mise en exergue: “Je pense donc je suce”: Descartes a quand même une sacrée postérité.
**Le titre fait référence à Duchamp, encore lui, et d’ailleurs, en parlant d’art contemporain, on se demande ce qui est encore original après lui. Aussi dans cette expo, une drôle d’expérience proposée par V. Lamouroux: conception d’un pentacycle pour parcourir le monorail Paris-Orléans dont il n’existe que la structure en béton. Par ailleurs, l’histoire de ce projet de monorail financé puis abandonné ferait un bon sujet pour l’”excellente” émission Combien ça coute?, dans la toujours très savoureuse section “Gaspillage de l’argent public”.