La politique, c’est d’abord un langage, qui permet d’articuler des valeurs avec des réalités.
L’appauvrissement de la langue politique est tangible, ces temps derniers, d’abord avec les deux candidats du second tour (Royal et son discours 1/3 technocrate, 1/3 IUFM, 1/3 bisounours, Sarkozy et ses effarants appels au sens commun le plus médiocre), surtout avec la prégnance de quelques termes à la con, qui bourdonnent à mes oreilles malgré une soirée électorale plus agréable que prévu :
“logiciel”
On lit beaucoup, y compris sous la plume du nouveau dirlo du Monde, que la gauche doit “refonder son logiciel”. Je ne sais plus qui est à l’origine de cette technicisation grotesque de l’analyse politique, mais comparer un programme politique ou une vision du monde à quelques lignes de code informatique est nouvelle et intolérable dévalorisation de la vie politique entendue comme la recherche du bien commun et de l’intérêt général.
“tsunami”
Les éditorialistes les plus médiocres, ceux du PPA en particulier, ont usé et abusé de la métaphore de la “vague bleue”, leur cerveau étroit et leur vocabulaire limité assignant par une sorte d’effet de seuil involontairement comique s’il n’était obscène, le terme de “tsunami” à une ample victoire de l’UMP. D’abord, ils sont déçus, voire énervés, car il n’a pas eu lieu. Ensuite, un petit rappel: le mot japonais “tsunami” désigne les raz-de-marée produits par les séismes sous-marins. Le phénomène est devenu connu à travers sa dramatique occurence dans l’océan indien à l’hiver 2004. Trois cent mille victimes ne sont plus là pour rappeler aux éditorialistes médiocres l’inadéquation obscène de leur langage.
“les Français ont choisi”
On entend, surtout dans le camp des vainqueurs, des assertions définitives sur le “vote des Français”, qui ont “choisi la réforme”, ou “voulu la rupture”; et inversement chez les vaincus on prétend que “les Français” ont “envoyé un avertissement” ou “exprimé leur méfiance”. Mais bien sûr, comme toutes les entités collectives, les Français n’existent pas, comme le savent les socio-historiens. Un peu de modestie, de rigueur, de nominalisme, d’équilibre de la pensée et du langage amènerait à dire et écrire que des Français ont voté, de manière très partagée à chaque fois, et avec des motivations fort diverses et souvent peu construites. Hélas, ce type d’interprétations abusives constitue un métier à part entière qui fait prospérer des individus aussi peu ragoûtants que Roland Cayrol ou Brice Teinturier. Lutter contre elles est une nécessité de chaque instant.
Inversement, je regarde avec passion les soirées électorales pour y trouver quelques pépites de langue bien coupantes et bien pensées: le brin d’humanisme béarnais et souriant de Babar, l’habileté d’un Fabius piégeant Borloo comme un écolier, la fierté d’être à gauche de Besancenot, la mauvaise humeur pertinente de Mélenchon, la forte voix de Jean-Marie Le Guen.